Retraités à l’étranger : la Cour des comptes révèle l’ampleur des fraudes, surtout dans ces deux pays du Maghreb

Les derniers chiffres de la cour des comptes dévoilés dans son rapport 2025 ont secoué le paysage de la gestion des pensions à l’international. Derrière la vitalité apparente d’une retraite bien méritée au soleil se cache un fléau moins reluisant : l’ampleur des fraudes aux retraites versées à l’étranger. Entre opacité des contrôles, mécanismes répétés de fraude documentaire ou d’usurpation d’identité et absence de chiffres fiables, le système pâtit d’un manque criant de transparence. Ce panorama complexe touche surtout certains pays méditerranéens comme le Maghreb, l’Espagne, l’Italie ou encore la Belgique.

Pourquoi la fraude aux retraites explose-t-elle à l’étranger ?

Un peu plus de deux millions de retraités français perçoivent chaque mois leur pension hors de l’Hexagone. Cette population est composée de manière variée : anciens travailleurs émigrés partis couler des jours heureux au Maroc ou en Espagne, mais aussi familles restées attachées à leur pays d’origine comme l’Algérie, la Tunisie ou la Turquie. Au fil des années, les chaînes de contrôle se sont distendues et la question des justificatifs s’est complexifiée, rendant plus facile l’émergence de mécanismes de fraude.

La cour des comptes alerte qu’une grande partie de ces versements échappe à une vérification approfondie. Selon ses estimations, entre 40 et 80 millions d’euros seraient détournés rien que pour l’Algérie. Cette fragilité du dispositif encourage des pratiques frauduleuses qui pèsent lourd sur les finances publiques françaises et rendent difficile toute estimation précise du préjudice global, faute de données fiables.

Dans certains cas, des consommateurs profitent également de failles similaires dans d’autres secteurs, à l’exemple de ceux ayant développé des stratagèmes lors de passages en caisse afin de ne payer qu’une infime partie du montant dû, montrant comment la fraude peut toucher divers aspects de la société.

Quels mécanismes de fraude sont observés chez les retraités à l’étranger ?

Parmi les procédés fréquemment signalés figurent tout d’abord la fraude documentaire : de faux certificats de vie ou pièces d’état civil circulent facilement. L’administration française manque souvent de moyens concrets pour certifier l’authenticité de ces documents, surtout lorsque leur origine n’est pas strictement encadrée par un accord bilatéral solide. Cela ouvre la porte à des usurpations d’identité et à des versements indus.

L’usurpation d’identité connaît également un développement inquiétant. Certains bénéficiaires décédés continuent de “percevoir” leur pension car les décès ne sont pas systématiquement signalés par les autorités locales. Ce système profite parfois à des proches restés dans le pays de résidence, occasionnant un préjudice financier très difficile à évaluer et renforçant l’opacité autour des véritables bénéficiaires.

Le chèque énergie illustre aussi comment certains dispositifs sociaux peuvent être victimes de tentatives de fraude, attirant l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité de renforcer régulièrement les dispositifs de sécurité.

À l’heure actuelle, seules 47,5 % des personnes vivant hors de France et touchant une retraite sont couvertes par un dispositif d’échanges d’informations d’état civil fiable. Cette carence crée une réelle opacité des contrôles et favorise la persistance des irrégularités, notamment dans des pays où l’administration locale peine à transmettre les informations.

Face à cette gestion lacunaire des dossiers, ni la Cnav, ni les caisses complémentaires telles que l’Agirc-Arrco, ne disposent de données précises sur l’ampleur globale de la fraude aux retraites. Pour certains pays comme l’Espagne, les retours manquent totalement, compliquant la mise en place d’une réponse efficace et limitant la capacité à récupérer les sommes perdues.

Quels sont les pays concernés par ce phénomène ?

Certains territoires concentrent une part importante de ces difficultés de contrôle. L’Algérie et le Maroc figurent parmi les plus pointés du doigt, mais d’autres nations suivent de près, notamment la Turquie, la Tunisie ou encore l’Espagne et le Portugal. Ces destinations accueillent historiquement d’importantes communautés de retraités ex-salariés en France, ce qui rend le suivi administratif particulièrement complexe.

Pour donner un ordre de grandeur : environ six milliards d’euros sont envoyés chaque année au titre des retraites versées à l’étranger. Le poids financier pour la collectivité grandit à mesure que l’arsenal de détection reste insuffisant. Les cas extrêmes relevés en Algérie laissent penser que le problème demeure largement sous-estimé dans d’autres pays où la coopération administrative fait défaut, accentuant ainsi l’ampleur des fraudes.

  • Algérie : préjudice estimé entre 40 et 80 millions d’euros de fraude par an.
  • Maroc : manque à gagner évalué à 12 millions d’euros selon la cour des comptes.
  • Espagne : absence totale de chiffrage officiel en raison de sources administratives déficientes.
  • Portugal, Tunisie, Turquie : données imprécises, échanges limités d’état civil.

Quelles pistes pour renforcer la lutte contre la fraude aux retraites à l’étranger ?

L’un des leviers les plus évidents réside dans la multiplication d’accords solides permettant l’échange automatique d’informations d’état civil avec les autorités étrangères. Seules ces collaborations pourraient garantir une vérification rapide des décès, des mariages ou des changements de situation familiale susceptibles d’impacter le versement des pensions et ainsi limiter les risques de fraude.

La priorité consisterait à cibler les zones géographiques où les fraudes sont les plus signalées, notamment le Maghreb et certaines régions d’Europe du Sud. De nombreux experts réclament également la digitalisation à grande échelle des procédures afin de limiter les possibilités de fraude documentaire et offrir une traçabilité renforcée des dossiers.

La demande d’une évaluation exhaustive confiée à la Cnav reflète la nécessité d’une approche centralisée face à un sujet éclaté entre plusieurs organismes. Une meilleure coordination avec les caisses complémentaires et la mobilisation accrue des ambassades ou consulats permettrait d’affiner la traque des abus et d’accélérer la récupération des montants indûment versés.

Un effort particulier doit porter sur la formation des personnels chargés de la gestion des pensions à l’international. La mutualisation des bases de données et le recours à des outils d’intelligence artificielle devraient rapidement élargir les capacités de détection sans alourdir la charge administrative, tout en améliorant l’efficacité des contrôles.

Quelle responsabilité pour les pouvoirs publics dans la prévention ?

Au-delà des réformes techniques, de nombreuses voix recommandent une implication renforcée de l’État via davantage de campagnes de sensibilisation auprès du grand public et des administrations partenaires étrangères. Cette pédagogie vise autant les futurs retraités que les familles susceptibles de commettre une fraude aux retraites involontairement ou par méconnaissance des règles.

La volonté politique trouvera sa traduction concrète avec l’allocation de ressources dédiées, la publication transparente des données de contrôle et un suivi annuel rigoureux de la récupération des fonds. Chaque amélioration initiée aura des répercussions directes sur la confiance dans le système de sécurité sociale, tant en France qu’à l’international.

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